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Traitements & Désherbants · · 8 min de lecture

Glyphosate en Espagne : le cadre légal, les prix et le piège du retour en France

Le glyphosate en Espagne reste autorisé pour les usages agricoles et professionnels jusqu'au 15 décembre 2033, mais l'acheter sur place pour l'utiliser en France…

Par Claire Montferrand
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Agriculteur espagnol pulvérisant du glyphosate sur un champ de céréales sous le soleil

Le glyphosate en Espagne reste autorisé pour les usages agricoles et professionnels jusqu’au 15 décembre 2033, mais l’acheter sur place pour l’utiliser en France constitue une infraction. La Commission européenne a renouvelé cette autorisation en novembre 2023 pour dix années, du 16 décembre 2023 au 15 décembre 2033, par le règlement UE 2023/2660. En France, la donne est inverse : les particuliers n’ont plus le droit de détenir ni d’utiliser ce désherbant depuis le 1er janvier 2019. Voici qui peut acheter en Espagne, à quel prix et ce qu’il se passe quand un bidon passe la frontière.

Le glyphosate reste autorisé en Espagne : cadre européen et contraste français

Oui, le glyphosate est autorisé en Espagne. La Commission européenne a tranché en novembre 2023 : la substance est autorisée pour dix nouvelles années, du 16 décembre 2023 au 15 décembre 2033, selon le règlement UE 2023/2660. L’Espagne applique ce cadre aux usages agricoles et professionnels.

CritèreEspagneFrance
Autorisation européenneValable jusqu’au 15 décembre 2033Valable jusqu’au 15 décembre 2033
Accès des particuliersConcentrés réservés aux professionnelsInterdit aux particuliers depuis 2019
Justificatif exigéCarné de aplicador (25 heures de formation)Aucun circuit de vente aux particuliers
Détention du produitAutorisée pour les professionnels en règleInterdite aux non-professionnels

Le contraste avec la France ne date pas d’hier. La loi Labbé, votée en 2017 puis renforcée en 2019, a interdit aux particuliers la vente, la détention et l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse. Depuis le 1er janvier 2019, un non-professionnel ne peut plus acheter ni détenir un produit contenant du glyphosate, quelle que soit son origine.

L’Espagne et la France ont tiré des conclusions opposées de ce calendrier commun. Ce double cadre explique les passages aux frontières : l’écart de réglementation rend l’achat dans le pays voisin tentant. La légalité, elle, ne change pas au péage.

L’achat de glyphosate en Espagne exige un carné de aplicador

A weathered Spanish farmer stands at a rural agronomy supply counter, one hand presenting a closed blank olive-green cre

L’achat de glyphosate concentré n’est pas un achat libre-service. Depuis 2015, l’obtention du carné de aplicador de productos fitosanitarios exige une formation minimale de 25 heures. Les coopératives et les magasins spécialisés demandent ce document pour délivrer les formulations concentrées à 360 ou 450 g/L de glyphosate.

Les jardiniers amateurs espagnols n’ont pas accès à ces concentrés. Le grand public se rabat sur des produits prêts à l’emploi quand ils existent, mais un résident français n’a pas le droit de les utiliser chez lui. La réglementation française interdit tout produit à base de glyphosate, concentré ou non, aux non-professionnels.

Le réseau de distribution espagnol est donc fermé aux acheteurs sans carné. Un vendeur qui ne contrôle pas ce document ne rend pas l’achat légal au retour en France.

Glyphosate en Espagne : coopératives, magasins agricoles et Jonquera

Les achats se font dans les coopératives agricoles et les magasins spécialisés en produits phytosanitaires. Dans les zones frontalières comme la Jonquera, des enseignes répondent aussi à la demande française. Les achats groupés entre agriculteurs permettent d’obtenir des prix dégressifs.

Un professionnel espagnol peut acheter sur place. Pour un particulier français, le produit reste interdit à l’utilisation en France, même si une enseigne accepte de le vendre.

Pour un agriculteur, le produit doit être autorisé en France pour l’usage prévu avant toute importation. La conformité concerne l’étiquette, la dose homologuée et les mentions légales exigées par la réglementation française.

Le prix du glyphosate en Espagne dépend surtout de sa concentration

A Spanish agricultural supplier in a beige apron holds two plain unlabelled plastic bottles at eye level, one small opaq

Sur un bidon de 5 litres, les formulations à 360 g/L et 450 g/L dominent le marché. Les coopératives pratiquent des tarifs inférieurs à ceux des enseignes grand public, avec un écart de 20 à 30 % selon les périodes et les volumes.

Le prix au bidon ne dit pas tout. Un produit à 450 g/L demande moins de produit par volume d’eau, ce qui réduit le coût par traitement malgré un prix d’achat plus élevé. À l’inverse, un bidon bon marché peut venir d’un fabricant peu connu, avec des adjuvants différents et une efficacité moins régulière.

La traçabilité et l’homologation comptent autant que les euros économisés, en particulier lors d’un contrôle sur l’origine du flacon.

Désherbant au glyphosate : doses, précautions et alternatives

La dose homologuée figure sur le flacon et dépend de la concentration : un produit à 450 g/L ne se dose pas comme un produit à 360 g/L. Sur des herbes annuelles, un passage peut suffire. Sur des plantes vivaces, le traitement peut devoir être répété à quelques semaines d’intervalle pour épuiser les racines.

Le glyphosate n’est pas sélectif. Dans les usages non agricoles, comme le désherbage d’allées ou de bordures, la dérive peut toucher une parcelle voisine ou un fossé. Sur un sol tassé ou trop sec, le produit pénètre mal et le désherbage perd en efficacité.

Le désherbage mécanique, le paillage et le faux semis limitent les adventices sans herbicide. L’état du sol compte ici davantage que le dernier bidon mis en avant au rayon jardinage.

En oliveraie, les pratiques espagnoles associent un traitement en début de saison à un travail du sol ultérieur. Cette combinaison réduit les volumes épandus et préserve la structure de la terre. La réglementation locale prime toutefois sur les habitudes, y compris celles du voisin qui affirme n’avoir « jamais eu de problème ».

Le passage du glyphosate d’Espagne en France constitue une infraction

Il n’existe pas de moyen légal, pour un particulier, de ramener du glyphosate d’Espagne en France. Depuis le 1er janvier 2019, la loi française interdit aux non-professionnels la détention, l’usage et l’achat de produits phytopharmaceutiques contenant du glyphosate. L’interdiction s’applique à tout produit présent sur le territoire, quel que soit son lieu d’achat. Un achat effectué légalement en Espagne devient donc une infraction dès le passage de la frontière.

Les services douaniers ont renforcé les contrôles aux frontières depuis 2020. Le résultat est chiffré : 26 tonnes de glyphosate ont été interceptées en 2023. Chaque litre transporté peut être saisi, et une amende alourdit la facture du tourisme du désherbant. Pour un agriculteur, l’importation d’un produit non conforme à la réglementation française expose également à des sanctions.

La différence entre l’achat légal et le transport illégal tient au statut de l’acheteur et au pays d’utilisation. En Espagne, un professionnel muni de son carné achète en règle. Un particulier français qui charge le bidon dans son coffre ne bénéficie pas de cette autorisation une fois revenu sur le territoire français.

Pour un professionnel français, disposer d’un statut agricole ne règle pas tout. Le produit importé doit être autorisé en France pour la culture et l’usage concernés. Son étiquette, sa formulation, sa traçabilité et ses conditions d’emploi doivent respecter les exigences françaises. Une substance active autorisée au niveau européen ne rend pas automatiquement conforme chaque produit commercial vendu dans un autre État membre.

Le contrôle ne porte donc pas uniquement sur la présence du glyphosate. Il peut aussi concerner la provenance du flacon, les justificatifs d’achat et l’autorisation de mise sur le marché correspondant à l’usage prévu. Un prix inférieur en Espagne ne compense ni une saisie ni l’impossibilité légale d’utiliser le produit acheté.

Le glyphosate espagnol ne vaut pas le détour pour un particulier français

Les produits achetés en Espagne se distinguent par leur concentration et leur prix, pas par leur molécule. Les formulations à 360 ou 450 g/L donnent des résultats comparables à concentration et usage équivalents.

En France, un particulier ne peut pas les employer. Un professionnel doit s’assurer que le produit est autorisé pour son usage précis. Le paillage, le désherbage mécanique et le faux semis évitent, eux, le coffre rempli d’un bidon impossible à utiliser légalement.

Questions fréquentes

Le glyphosate est-il autorisé en Espagne ?

Oui, pour les usages agricoles et professionnels. L’Union européenne a renouvelé son autorisation en novembre 2023 pour dix ans, du 16 décembre 2023 au 15 décembre 2033, via le règlement UE 2023/2660. L’Espagne applique ce cadre européen.

Un particulier peut-il acheter du glyphosate en Espagne ?

Les concentrés professionnels, comme les formulations à 360 ou 450 g/L, exigent le carné de aplicador, obtenu après une formation d’au moins 25 heures depuis 2015. Des points de vente frontaliers peuvent se montrer moins stricts, mais la loi espagnole impose la traçabilité des ventes et la loi française interdit l’usage aux particuliers.

Que risque-t-on à ramener du glyphosate d’Espagne en France ?

Pour un particulier, la saisie du produit et une amende, car la détention et l’usage de glyphosate sont interdits en France depuis le 1er janvier 2019. Les contrôles aux frontières, renforcés depuis 2020, ont permis d’intercepter 26 tonnes en 2023.

Le glyphosate espagnol est-il plus efficace que celui vendu en France ?

Non. La molécule est la même, et les concentrations courantes sont identiques, autour de 360 ou 450 g/L. Ce qui change, c’est l’accès : ouvert en Espagne aux professionnels titulaires du carné, interdit aux particuliers en France.

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Claire Montferrand

À propos de l'auteur

Claire Montferrand

Rédaction en chef

Technicienne horticole de formation, Claire Montferrand a travaillé en pépinière fruitière puis accompagné des jardins collectifs dans l’Ouest de la France. Elle aime transformer un symptôme déroutant, une terre difficile ou un outil mal choisi en décision simple, argumentée et applicable dès le prochain passage au jardin.

  • Maraîchère certifiée
  • Formation INH Angers
  • Permaculture Practitioner
  • 10 ans au potager

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